Publié : 16 août 2012

Les Fusillés de Châteaubriant

R.G.Cadou.

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« Les Fusillés de Châteaubriant »
 
Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d’étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d’amour
Ils n’ont pas de recommandations à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L’un d’eux pense à un petit village
Où il allait à l’école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n’entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu’ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.
 
René-Guy Cadou, Pleine Poitrine, 1946 (repris dans Les Fusillés de Châteaubriant in Pierre Seghers, La Résistance et ses Poètes. France 1940-1945, 1974)

Des pistes pour étudier ce poème ? http://www.cndp.fr/poetes-en-resist...