Publié : 21 septembre 2012

Les côtes normandes dans les oeuvres de Maupassant et Monet

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Nouvelles normandes : la côte.

Maupassant n’est pas connu que pour ses nouvelles des villes et des champs. Un certain nombre de ses contes se déroulent sur la côte normande, comme « La roche au Guillemots », « Adieu » ou « l’Ivrogne ».
Ces textes peuvent être mis en relation avec les tableaux suivants :

Terrasse à Sainte-Adresse par Claude Monet.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichie...

Le port de Trouville de Claude Monet

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichie...

Impressions, Soleil levant , Monet

[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fich...

Mer agitée à Étretat , Claude Monet

[[http://fr.wikipedia.org/wiki/Fich...

La Roche aux Guillemots

Voici la saison des guillemots.

D’avril à la fin de mai, avant que les baigneurs parisiens arrivent, on voit paraître soudain, sur la petite plage d’Étretat, quelques vieux messieurs bottés, sanglés en des vestes de chasse. Ils passent quatre ou cinq jours à l’hôtel Hauville, disparaissent, reviennent trois semaines plus tard ; puis, après un nouveau séjour, s’en vont définitivement.

On les revoit au printemps suivant.

Ce sont les derniers chasseurs de guillemots, ceux qui restent des anciens ; car ils étaient une vingtaine de fanatiques, il y a trente ou quarante ans ; ils ne sont plus que quelques enragés tireurs.

Le guillemot est un oiseau voyageur fort rare, dont les habitudes sont étranges. Il habite presque toute l’année les parages de Terre-Neuve, des îles Saint-Pierre et Miquelon ; mais, au moment des amours, une bande d’émigrants traverse l’Océan, et, tous les ans, vient pondre et couver au même endroit, à la roche dite aux Guillemots, près d’Étretat. On n’en trouve que là, rien que là. Ils y sont toujours venus, on les a toujours chassés, et ils reviennent encore ; ils reviendront toujours. Sitôt les petits élevés, ils repartent, disparaissent pour un an.

Pourquoi ne vont-ils jamais ailleurs, ne choisissent-ils aucun autre point de cette longue falaise blanche et sans cesse pareille qui court du Pas-de-Calais au Havre ? Quelle force, quel instinct invincible, quelle habitude séculaire poussent ces oiseaux à revenir en ce lieu ? Quelle première émigration, quelle tempête peut-être a jadis jeté leurs pères sur cette roche ? Et pourquoi les fils, les petit-fils, tous les descendants des premiers y sont-ils toujours retournés !

Ils ne sont pas nombreux : une centaine au plus, comme si une seule famille avait cette tradition, accomplissait ce pèlerinage annuel.

Et chaque printemps, dès que la petite tribu voyageuse s’est réinstallée sur sa roche, les mêmes chasseurs aussi reparaissent dans le village. On les a connus jeunes autrefois ; ils sont vieux aujourd’hui, mais fidèles au rendez-vous régulier qu’ils se sont donné depuis trente ou quarante ans.

Pour rien au monde, ils n’y manqueraient.

Maupassant, Contes du Jour et de la Nuit.