Publié : 24 juillet 2011

Jean de Joinville

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Né en 1224.

Louis, par la grâce de Dieu, roi des Français, à ses chers et fidèles prélats, barons, chevaliers, citoyens, bourgeois et autres qui habitent le royaume de France, à qui les présentes lettres parviendront, salut. Pour l’honneur et pour la gloire du saint nom de Dieu, nous croyons devoir vous instruire de ce qui nous est arrivé.
 
Après la prise de Damiette, que le seigneur Jésus-Christ, dans son ineffable miséricorde, avoit mise au pouvoir des Chrétiens, par une espèce de miracle, événement glorieux dont vous avez dû être instruits, nous avons tenu un grand conseil, et nous sommes partis de cette ville, le 20 du mois de novembre dernier, avec notre armée de terre et notre flotte, marchant contre les Sarrasins réunis et campés près de la ville qu’on appelle Massoure. Dans cette marche, nous avons été souvent attaqués par les ennemis, et ils ont toujours été battus : un jour surtout nous leur avons tué beaucoup de monde.
 
Alors nous avons appris que le sultan d’Égypte étoit mort, et qu’avant de fermer les yeux, il avoit envoyé vers son fils, résidant en Orient, pour l’inviter à venir sur-le-champ en Égypte ; qu’il lui avoit fait prêter serment par son armée, et que, jusqu’à l’arrivée de ce prince, il avoit laissé le soin de la guerre à in de ses émirs nommé Facardin. Lorsque nous nous sommes approches de Massoure, nous avons trouvé que ces nouvelles étoient vraies.
 
Près de cette ville, il nous a été impossible d’attaquer les Sarrasins, parce qu’un bras du Nil, appelé Thanis, séparé du principal cours de ce fleuve, couloit entre leur armée et la nôtre. Nous avons donc placé notre camp entre le Nil et le Thanis. Là, ayant encore été attaqués par les Sarrasins, plusieurs d’entre eux ont péri par le fer, et un beaucoup plus grand nombre a été précipité dans les eaux.

Mémoires de Joinville.