Publié : 3 juin 2011

Alexandre Dumas père

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Alexandre Dumas est né le 24 juillet 1802.

Le bruit s’approcha : trois coups retentirent dans le panneau de la porte ; chacun regarda son voisin d’un air étonné.

— Au nom de la loi ! cria une voix vibrante , à laquelle aucune voix ne répondit.

Aussitôt la porte s’ouvrit, et un commissaire, ceint de son écharpe, entra dans la salle, suivi de quatre soldats armés, conduits par un caporal.

L’inquiétude fit place à la terreur.

— Qu’y a-t-il ? demanda l’armateur en s’avançant au-devant du commissaire, qu’il connaissait ; bien certainement, Monsieur, il y a méprise.

— S’il y a méprise, monsieur Morrel, répondit le commissaire, croyez que la méprise sera promptement réparée ; en attendant, je suis porteur d’un mandat d’arrêt ; et quoique ce soit avec regret que je remplis ma mission, il ne faut pas moins que je la remplisse : lequel de vous, Messieurs, est Edmond Dantès ?

Tous les regards se tournèrent vers le jeune homme, qui, fort ému mais conservant sa dignité, fit un pas en avant et dit :

— C’est moi. Monsieur, que me voulez-vous ?

— Edmond Dantès, reprit le commissaire, au nom de la loi, je vous arrête !

— Vous m’arrêtez ! dit Edmond avec une légère pâleur, mais pourquoi m’arrêtez-vous ?

— Je l’ignore, Monsieur, mais votre premier interrogatoire vous l’apprendra.

M. Morrel comprit qu’il n’y avait rien à faire contre l’inflexibilité de la situation : un commissaire ceint de son écharpe n’est plus un homme, c’est la statue de la loi, froide, sourde, muette.

Le vieillard , au contraire, se précipita vers l’officier : il y a des choses que le cœur d’un père ou d’une mère ne comprendront jamais.

Il pria et supplia : larmes et prières ne pouvaient rien ; cependant son désespoir était si grand, que le commissaire en fut touché.

— Monsieur, dit-il, tranquillisez-vous ; peut-être votre fils a-t-il négligé quelque formalité de douane ou de santé, et, selon toute probabilité, lorsqu’on aura reçu de lui les renseignements qu’on désire en tirer, il sera remis en liberté.

— Ah çà ! qu’est-ce que cela signifie ? demanda en fronçant le sourcil Caderousse à Danglars, qui jouait la surprise.

— Le sais-je, moi ? dit Danglars ; je suis comme toi : je vois ce qui se passe, je n’y comprends rien, et je reste confondu.

Caderousse chercha des yeux Fernand : il avait disparu.

Toute la scène de la veille se représenta alors à son esprit avec une effrayante lucidité.

On eût dit que la catastrophe venait de tirer le voile que l’ivresse de la veille avait jeté entre lui et sa mémoire.

— Oh, oh ! dit-il d’une voix rauque, serait-ce la suite de la plaisanterie dont vous parliez hier, Danglars ? En ce cas, malheur à celui qui l’aurait faite, car elle est bien triste.

— Pas du tout ! s’écria Danglars, tu sais bien au contraire que j’ai déchiré le papier.

— Tu ne l’as pas déchiré, dit Caderousse ; tu l’as jeté dans un coin, voilà tout.

— Tais-toi, tu n’as rien vu, tu étais ivre.

— Où est Fernand ? demanda Caderousse.

— Le sais-je , moi ? répondit Danglars, à ses affaires probablement : mais, au lieu de nous occuper de cela, allons donc porter du secours à ces pauvres affligés.

En effet, pendant cette conversation, Dantès avait , en souriant, serré la main à tous ses amis, et s’était constitué prisonnier en disant : Soyez tranquilles, l’erreur va s’expliquer, et probablement que je n’irai même pas jusqu’à la prison.

— Oh ! bien certainement, j’en répondrais, dit Danglars qui, en ce moment, s’approchait, comme nous l’avons dit, du groupe principal.

Dantès descendit l’escalier, précédé du commissaire de police et entouré par les soldats. Une voiture, dont la portière était tout ouverte attendait à la porte, il y monta ; deux soldats et le commissaire montèrent après lui ; la portière se referma, et la voiture reprit le chemin de Marseille.

— Adieu, Dantès ! adieu, Edmond ! s’écria Mercédès en s’élançant sur la balustrade.

Le prisonnier entendit ce dernier cri, sorti comme un sanglot du cœur déchiré de sa fiancée ; il passa la tête par la portière, cria : Au revoir, Mercédès ! et disparut à l’un des angles du fort Saint-Nicolas.

Le Comte de Monte-Cristo