Publié : 22 mai

Cyrano de Bergerac

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Voici un peu d’aide pour apprendre la scène du balcon dans Cyrano de Bergerac.

Cyrano, tirant Christian sous le balcon et se glissant à sa place.
Chut ! Cela devient trop difficile !…

Roxane.
Aujourd’hui…
Vos mots sont hésitants. Pourquoi ?

Cyrano, parlant à mi-voix, comme Christian.
C’est qu’il fait nuit,
Dans cette ombre, à tâtons, ils cherchent votre oreille.

Roxane
Je vous parle en effet d’une vraie altitude !

Cyrano.
Certes, et vous me tueriez si de cette hauteur
Vous me laissiez tomber un mot dur sur le cœur !

Roxane, avec un mouvement.
Je descends !

Cyrano, vivement.
Non !

Roxane, lui montrant le banc qui est sous le balcon.
Grimpez sur le banc, alors, vite !

Cyrano, reculant avec effroi dans la nuit.
Non !

Roxane.
Comment… non ?

Cyrano, que l’émotion gagne de plus en plus.
Laissez un peu que l’on profite…
De cette occasion qui s’offre… de pouvoir
Se parler doucement, sans se voir.

Roxane.
Sans se voir ?

Cyrano.
Mais oui, c’est adorable. On se devine à peine.
Vous voyez la noirceur d’un long manteau qui traîne,
J’aperçois la blancheur d’une robe d’été :
Moi je ne suis qu’une ombre, et vous qu’une clarté !
Vous ignorez pour moi ce que sont ces minutes !
Si quelquefois je fus éloquent…

Roxane.
Vous le fûtes !

Cyrano.
Mon langage jamais jusqu’ici n’est sorti
De mon vrai cœur…

Roxane.
Pourquoi ?

Cyrano.
Parce que… jusqu’ici
Je parlais à travers…

Roxane.
Quoi ?

Cyrano.
…le vertige où tremble
Quiconque est sous vos yeux !… Mais ce soir, il me semble…
Que je vais vous parler pour la première fois !

Roxane.
C’est vrai que vous avez une toute autre voix.

Cyrano, se rapprochant avec fièvre.

Oui, tout autre, car dans la nuit qui me protège
J’ose être enfin moi-même, et j’ose…
(Il s’arrête et, avec égarement.)
Où en étais-je ?
Je ne sais… tout ceci, — pardonnez mon émoi, —
C’est si délicieux… c’est si nouveau pour moi !

Roxane.
Si nouveau ?

Cyrano, bouleversé, et essayant toujours de rattraper ses mots.
Si nouveau… mais oui… d’être sincère :
La peur d’être raillé, toujours au cœur me serre…